Transgenre & Rencontre – Retour d’expérience

Rencontres transgenre

Pierre en était certaine : c’était une rencontre. Elle avait invité son compagnon à dîner. Ils mangeaient dans un bon restaurant. Puis, dit-elle, à la moitié du repas, son compagnon de table a lâché une bombe.

“Elle m’a demandé au milieu du repas, “Quel genre de femme sortirait avec toi ?”

Les mots ont piqué.

“Celui-là a fait mal”, admet Pierre. La douleur était plus aiguë parce que c’était sa première incursion dans le monde des rencontres après une transition complète.

A l’époque, Pierre était une femme transgenre d’une quarantaine d’années. Nous étions en 2000 et les temps étaient différents. Le monde n’avait pas encore accueilli Caitlyn Jenner ou Laverne Cox. Aujourd’hui, Pierre a 65 ans, et les fréquentations ne sont plus aussi simples.

Des années de faux-semblant

Pierre a été élevé dans le Sud au sein d’une famille ardemment religieuse – ce n’est pas un endroit facile pour un enfant aux prises avec son sexe. Elle se rappelle avoir voulu s’habiller en femme pour la première fois vers l’âge de 4 ans.

C’était un sujet de confusion pour moi toute ma vie, dans la mesure où je suis attirée par les femmes.

Pierre a largement réussi à cacher son identité sexuelle pendant son enfance, néanmoins…

“Un jour d’Halloween, j’avais probablement 6 ans, j’ai eu cette idée géniale que je pouvais être une sorcière. Et j’ai mis le jupon noir de ma mère, un chapeau de sorcière, des chaussures à talons hauts et du maquillage, et je me suis fait engueuler parce que c’était un quartier catholique. Ils n’ont pas du tout apprécié ça”.

Les fréquentations d’adolescents se sont avérées délicates aussi ; Pierre dit qu’elle n’a jamais été douée pour faire “les choses masculines”.

“J’ai toujours été considérée comme gay. Même à l’époque, les rencontres étaient difficiles, car les filles me répondaient : “Je ne veux pas sortir avec toi, tu es gay”. ”

L’amour, le mariage et un “moment d’eurêka

L’amour romantique a pu sembler insaisissable au début, mais vers 23 ans, Pierre, qui n’avait pas encore révélé son identité transsexuelle, a rencontré la femme qu’elle allait épouser.

“Nous étions tous deux un peu sauvages dans notre jeunesse quand nous nous sommes rencontrés”, dit Pierre.

Alors qu’il étudiait la musicothérapie, Pierre a eu une prise de conscience : “Je n’étais pas prêt à faire mon coming out, mais j’ai décidé d’arrêter d’essayer de faire semblant d’être un homme, ce qui était une grande décision”.

Ce “moment eurêka” est arrivé un soir à la musicothèque, où Pierre était bibliothécaire de nuit. Un ami est entré – une jeune femme qui s’entraînait pour être artiste de Broadway – et a commenté le “duvet de pêche” qui parsemait la lèvre supérieure de Pierre.

Elle a dit : “J’aimerais pouvoir me laisser pousser une moustache comme ça”. La réponse de Pierre s’est effondrée : “J’ai dit : ‘J’aimerais ne pas pouvoir.’ ”

Avec ces mots, dit-elle, “la partie de moi-même que j’essayais de cacher à ce point est remontée à la surface”.

Dans les années suivantes, Pierre a commencé à embrasser sa féminité. Elle a commencé l’électrolyse. Elle a pris des hormones. Elle s’est sentie plus à l’aise dans sa peau.

Mais la transition a eu des conséquences. Les relations se sont fanées. “Ma famille m’a presque totalement rejetée”, dit Pierre.

Elle a également dû faire face à des difficultés au travail. Elle raconte qu’un jour, son patron lui a demandé pourquoi elle portait des boucles d’oreilles, ce à quoi Pierre a répondu : “C’est une expression de ma féminité”. La patronne a “paniqué”, dit Mme Pierre ; dans une conversation ultérieure, elle a dit à son patron qu’elle était en pleine transition.

“C’était comme quelques jours après que ma femme ait déménagé et j’étais vraiment bouleversée, suicidairement bouleversée, à ce moment-là”, dit-elle.

En 1999, quelques années après son divorce, Pierre a subi une opération de changement de sexe. En fin de compte, son lieu de travail a soutenu sa transition : “Il y a eu, d’une certaine manière, beaucoup plus de soutien que je ne l’imaginais, parce que je connaissais d’autres transsexuels qui ont perdu leur carrière”, dit Pierre.

Mais il y a eu aussi des retours en arrière. “Toute la question de la salle de bains a été soulevée. Après la transition, je n’ai pas été autorisée à utiliser les toilettes pour dames avant d’avoir subi une opération et d’être légalement une femme, et c’était donc une situation embarrassante”, ajoute-t-elle. “Et je n’étais plus autorisée à travailler avec des enfants.”

Une série de déceptions

Pierre vit maintenant “à la campagne”. Là-bas, elle travaille comme thérapeute.

Elle a fait des démarches pour trouver une connexion intime, mais les résultats ont été frustrants.

Elle a tenté le speed dating. Pas de chance. Elle a essayé de chercher en ligne – “et une seule personne a dit qu’elle s’intéressait par moi”, dit-elle. Elle a même rencontré un collègue thérapeute via un site de rencontre spécialisé pour les personnes transgenre qui s’est montré attirant, mais qui avait des réserves.

Pierre pense que cette hésitation était due à son identité trans : Elle a dit à un ami : “Je ne pourrais jamais ramener cette personne chez ma mère. ”

“Il y a ce phénomène parce que j’ai 65 ans”, dit M. Pierre. “La plupart des lesbiennes sont féministes, bien sûr. Et je suis moi-même féministe. Mais au sein du féminisme, il y a beaucoup, beaucoup de TERF”, un terme pour “féministes radicales trans-exclusives”, dit Pierre, que certains utilisent pour décrire les féministes qui excluent les femmes trans.

Elle pense que certaines féministes lesbiennes de sa génération se posent la question : “Si je sors avec une femme trans, qu’est-ce que ça dit de moi ?”

Elle pense que certaines lesbiennes féministes de sa génération se demandent : “Si je sors avec une transsexuelle, qu’est-ce que cela dit de moi ?

Elle a également envisagé une autre possibilité, qui l’oblige à se replier sur elle-même.

“Je suis ouverte à l’idée, en tant que psychothérapeute, que ce soit moi. Peut-être que je ne sais pas comment sortir avec quelqu’un. Peut-être que je repousse cette idée. Mais peut-être pas.”

Trouver la satisfaction

Ne vous y trompez pas : Pierre n’est peut-être pas amoureux, mais elle aime sa vie.

Son travail est épanouissant. La musique illumine ses journées.

“Je joue du cor dans un orchestre communautaire”, dit-elle, “et cela me donne de la joie.

Elle adore le jardinage et a “des amis très proches qui se jetteraient probablement devant un bus pour moi”. Elle est socialement engagée, fière d’être membre du conseil d’administration de Queer Asterisk, une organisation qui offre un espace et une thérapie à la communauté des homosexuels d’ici”.

Tout bien considéré, sa vie est bonne. Et elle n’a pas abandonné la perspective d’une relation amoureuse..

“Je continue à chercher”, dit-elle. “Je ne suis pas très douée pour aborder les gens sous l’angle des rencontres, mais je continue à essayer.

De plus, elle ne semble pas avoir de mauvaise volonté. Pierre parle de son ancienne femme avec affection : “J’ai été marié pendant 20 ans à une femme merveilleuse et nous sommes toujours amis”.

Elle est l’incarnation de l’acceptation, mais elle garde espoir. Mais elle en a fini avec le désir.

“J’ai laissé tomber le désir”, dit-elle, “parce que le désir était tellement douloureux.”

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